Milutin Gubash
Tiohtià:ke/Mooniyang/Montréal
L’histoire du monde

Il m’a fallu trois ans pour créer L’histoire du monde. J’ai commencé ce travail pendant le confinement causé par la COVID, dans un atelier vide, après avoir placé mes plus récentes œuvres dans des collections.
Petit à petit, j’ai sélectionné chacun des objets qui allaient constituer mon installation, un, deux, trois ou quatre à la fois. Je les ai trouvés dans des endroits où les gens abandonnent les possessions qu’ils n’aiment plus afin de libérer leur espace mental et physique pour acheter de nouvelles choses ; un mode de vie non durable que nous avons choisi en tant que civilisation.
Je me suis accordé une année de jeu libre et sans but avec cette masse croissante d’objets afin de reproduire le sentiment que j’éprouvais d’exister dans un monde ayant perdu son sens et sa signification. Pour assembler ces objets, j’ai eu recours à divers moyens : il m’est arrivé de demander à une planche de ouija de m’indiquer lesquels devraient aller ensemble ; parfois je les faisais rouler dans un tube et je joignais ceux qui s’étaient touchés à l’atterrissage ; d’autres fois, je suivais simplement ma curiosité ou j’obéissais à une intuition selon laquelle certains éléments devaient être réunis, même si les pièces qui résultaient de ces assemblages n’étaient ni utiles, ni réparées.
Finalement, une histoire est née de ce jeu, issue d’un rêve que j’ai fait une nuit, après une journée particulièrement longue en atelier, à propos de membres du personnel du Village des Valeurs qui étaient indignés et exaspérés par notre façon de vivre, soit de consommer et de jeter pour consommer davantage. En signe de protestation, ces employés saccageaient les objets d’occasion sur les étagères du magasin et en emballaient d’autres dans du papier d’aluminium pour les remettre sur le marché sous l’appellation de « chocolats d’Europe de l’Est ». Ou bien ils mettaient en scène des pièces de théâtre d’objets brutales à partir d’autres assemblages, créant des monstres et des personnages animatroniques faits maison qui interprétaient des angoisses, des frustrations et des désirs très humains.
Milutin Gubash est un artiste multidisciplinaire dont la pratique entremêle vidéo, installation, photographie et performance. Né en Serbie et arrivé au Canada dans son enfance, il explore les tensions entre mémoire personnelle, récit collectif et identités en mouvement. Alliant humour, autodérision et regard critique, ses œuvres abordent la famille, l’immigration, le pouvoir des images et, plus récemment, les excès de la consommation et du capitalisme. Son travail a été présenté au Canada et à l’international, et fait partie de collections majeures, notamment celles du Musée des beaux-arts du Canada, du Musée d’art contemporain de Montréal, du Musée national des beaux-arts du Québec et du Musée d’art de Joliette. Il est le lauréat du prix Louis-Comtois 2019 et est récipiendaire de plusieurs bourses dont deux résidences du Conseil des arts et des lettres du Québec, à Paris en 2016 et à Rome en 2024.


L'histoire du monde was created over a period of three years. Work was begun during COVID lockdowns, starting from an empty studio, after having placed the last of my earlier works into collections.
The objects which would eventually constitute the installation were selected piece by piece, one, two, three, or four at a time, and sourced from the kinds of places where people abandon their unloved possessions, to free up mental and physical space to buy new things in the unsustainable way we’ve chosen to live as a civilization.
I gave myself one year of free, aimless play with this growing mass of objects, in order to mimic the sense I had of being in a world which has lost its sense of direction and meaning. I tried all sorts of things: sometimes, I had a Ouija board tell me which objects would go together. Sometimes I rolled objects down a tube and joined together those pieces which had touched each other upon landing; at other times, I simply followed my curiosity or listened to a hunch that some things were meant to be together, in spite of the fact that they could serve no practical purpose, or repair any damage to their original function, by being joined.
Eventually, out of this playtime, a narrative backstory emerged (it actually came from a dream I had one night after a particularly long studio day) about a group of Village des Valeurs employees who are outraged and fedup with how we choose to live by consuming and dispensing in order to consume even more. They push back in protest by violating the second-hand objects on the shelves in the front store in protest, wrap others in tinfoil to put back on the market as “East European chocolates,” or stage brutal Theatre of Objects plays out of yet other assemblages of objects, creating monsters and do-it-yourself animatronic characters, which play out very human anxieties, frustrations, and desires.
Milutin Gubash is a multidisciplinary artist whose practice involves video, installation, photography and performance. Born in Serbia and arriving in Canada as a child, Gubash explores the tensions between personal memory, collective narrative, and shifting identities. Combining humour, self-deprecation and a critical eye, his projects address family, immigration, the power of images and, more recently, the excesses of consumption and capitalism. His work has been exhibited in Canada and internationally, and is part of major collections, including those of the National Gallery of Canada, the Musée d’art contemporain de Montréal, the Musée national des beaux-arts du Québec and the Musée d’art de Joliette. He is the winner of the 2019 Louis-Comtois Award and is the recipient of several grants including two residencies from the Conseil des arts et des lettres du Québec, in Paris in 2016 and in Rome in 2024.
Portrait : courtoisie de l'artiste
Images : Maryn Devine