Ursula Johnson

Biographie

Ursula Johnson expose ses œuvres au pays et à l’international depuis qu’elle a terminé ses études au Nova Scotia College of Art and Design en 2006. Johnson décrit son travail comme suit : « Je change de médium selon la personne avec qui je parle et la conversation que j’essaie d’avoir. » Sa pratique se concentre surtout sur la performance et l’installation. La majorité de ses œuvres recourent à des interventions didactiques coopératives et sont propres au site, tout en incorporant divers médiums et collaborations. Elle travaille aussi avec sa conjointe Angella Parsons dans un duo nommé KINUK qui explore les relations issues du colonialisme d’implantation. Johnson est la lauréate du prix 2016 NS Masterworks Award et du prix Sobey pour les arts de 2017.

Démarche

Oeuvre : Lukwaqn/Elukwet/Amalukwet/Nata’lukwet/Elukwek/Amalukwek/Nata’lukwek

(Work/they are working/they work for fun/they are innovative workers/we are working/we work for fun/we are innovative workers)

[Travailler / iel travaille / iel travaille par plaisir / iel travaille de manière novatrice / nous travaillons / nous travaillons par plaisir / nous travaillons de manière novatrice]


Il avait une cabane. D’où émanaient des relents d’essence, d’épinette fraîchement coupée, de bois scié. Un vieux banc de scie, une meule, une égoïne rouillée et un e’sipowji’j — un petit chevalet.


Au fil des décennies, les haches, couteaux à deux manches, marteaux et couteaux croches avaient laissé leurs marques et l’écho de leur travail. À tout moment, on pouvait le retrouver dans sa cabane à créer des meubles pour Nanny : des tablettes, des bureaux, des chaises, des manteaux de cheminée. Tout au long de ma jeunesse, j’ai passé plusieurs journées avec mon grand-père dans son atelier. Je lui demandais quels matériaux il travaillait, la prochaine étape de son projet. Je me rappelle : je m’assoyais sur des morceaux de bois pendant qu’il les sciait. Le son familier de l’égoïne. Le martèlement des clous communs. J’étais toujours curieuse. Toujours intéressée.


Le spectacle de l’« Indien » exposé dans un musée, démontrant son savoir, existe depuis longtemps et a joué un rôle important auprès de la génération de mes grands-parents. Ils n’étaient invités à participer aux systèmes éducatifs ou aux institutions muséales que lorsque le curriculum l’exigeait. Lorsqu’on les y conviait, c’était à titre d’« éducateurs », souvent pour faire la démonstration, auprès de publics non autochtones, de systèmes de connaissance en voie de disparition. Un spectacle de foire, version colonialiste. Cette prémisse de la démonstration, ou exposition, de la culture a porté atteinte à ces ensembles de savoirs. Aujourd’hui, plusieurs personnes de ma génération cherchent des moyens de faire le deuil de cette perte culturelle, tout en se raccrochant aux modes de connaissance habituels pour tenter de retrouver nos pratiques culturelles.


Comme plusieurs personnes, j’ai profité de ces années de pandémie pour vider quelques boîtes remplies d’affaires que j’avais gardées. Pour me pencher à nouveau sur les contextes de la nostalgie et réfléchir à ce qui reste. La perte. Le deuil. Le travail. Honorer. Toujours avec curiosité et intérêt.

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